Publié en 1815, Emma déploie l'histoire d'Emma Woodhouse, jeune héritière vive, sûre d'elle et dangereusement portée à arranger les destinées sentimentales d'autrui. Sous l'apparente légèreté d'une comédie de moeurs, le roman analyse l'illusion de clairvoyance, les hiérarchies sociales et l'éducation morale du jugement. Le style d'Austen, d'une ironie souveraine, associe précision psychologique, discours indirect libre et observation minutieuse de la gentry rurale, dans le contexte du roman anglais de la Régence. Jane Austen, née en 1775 dans une famille de pasteur cultivée mais sans fortune considérable, connaissait intimement les codes, dépendances économiques et contraintes matrimoniales qu'elle met en scène. Son expérience des cercles provinciaux, son attention aux conversations ordinaires et sa lucidité sur la condition féminine nourrissent Emma. Elle y pousse plus loin encore son art: faire d'un petit monde social un laboratoire moral d'une remarquable complexité. Je recommande Emma à tout lecteur qui aime les romans où l'intelligence narrative se cache derrière la grâce du divertissement. On y trouve une héroïne imparfaite, un humour subtil et une architecture romanesque d'une rare maîtrise.