Dans Un cœur simple, première des Trois Contes (1877), Flaubert retrace l'existence obscure de Félicité, servante normande vouée successivement à sa maîtresse, à des enfants, à un neveu, puis à un perroquet nommé Loulou. Sous une apparente simplicité narrative, le récit condense une méditation sur l'amour, la foi, la perte et la transfiguration de l'ordinaire. Le style, d'une précision classique et impassible, relève du réalisme flaubertien, mais s'ouvre à une ironie discrète et à une forme de sainteté profane. Flaubert, né à Rouen en 1821, connaissait intimement la Normandie provinciale, ses intérieurs bourgeois et ses existences silencieuses. Après Madame Bovary et L'Éducation sentimentale, il cherche ici une prose plus dépouillée, presque légendaire, tout en conservant son exigence célèbre du mot juste. Félicité doit sans doute beaucoup aux domestiques observées dans son enfance et à sa réflexion tardive sur la compassion. Ce bref chef-d'œuvre se recommande à tout lecteur sensible aux grandes œuvres contenues dans de modestes destins. Sa puissance tient à ce qu'il émeut sans pathos et élève une vie humble au rang de mystère littéraire.