Sanditon, dernier roman demeuré inachevé de Jane Austen, déplace l'observation morale de la campagne traditionnelle vers une station balnéaire en construction, lieu de spéculation, de médecine mondaine et d'ascension sociale. À travers Charlotte Heywood, regard lucide et mesuré, Austen examine les ambitions des Parker, l'ostentation de Lady Denham et les séductions économiques du tourisme naissant. Le style, plus vif et expérimental que jamais, mêle ironie, dialogue précis et satire des discours du progrès, dans le contexte littéraire du roman de moeurs anglais au tournant du XIXe siècle. Jane Austen, déjà maîtresse de l'analyse sociale dans Orgueil et Préjugés, Emma ou Mansfield Park, écrit Sanditon en 1817, alors que sa santé décline. Cette proximité avec la maladie éclaire peut-être la présence comique des hypocondres et des régimes thérapeutiques, tandis que son attention constante aux femmes, à l'argent et au mariage nourrit une critique subtile des nouvelles formes de pouvoir social. Je recommande Sanditon aux lecteurs qui apprécient Austen pour son intelligence ironique autant que pour ses intrigues sentimentales. Son inachèvement n'est pas une faiblesse, mais une invitation: on y voit une romancière audacieuse ouvrir une voie plus moderne, incisive et étonnamment actuelle.